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Les proverbes de Francoeur - Répertoire secret

 

 

L'ANGE DE L'ART
 

    LIVRE  INTÉGRAL

*********                                   extraits                                                  ***********

J'avais dans mon enfance, ou bien ai-je rêvé?
Un Palais Fantastique et vers lui je m'en
vais, 
"Ma Villa dans la Pierre", ouvrant sur l'océan, 
Montant, le dominant, hardi ! sur ce géant,                  
Où je venais le soir guetter l'instant magique,       
Quand jaillit un signal : ce grand heurt fatidique 
Qu'exige l'Eau, le Ciel : l'orage dessus la mer !          
 Et frissonnant, ravi, j'admirais tout  éclair                      
De Jupiter le Feu contre Marin Neptune,             
Tandis que glisse aux cieux, de courbe et d'or, la lune...  

(Le Balcon sur la Mer)

 

...Je vais, rêveur, le ciel se givre, 
là-haut, un doux portrait géant 
Sourit, mais ces cheveux de cuivre, 
C'est toi et tes yeux d'océan.

Retournons car elle ouvrira,
Près des fleurs sang dans l'air noir-mauve, 
En buste vert, blanche de bras, 
Rose, accoudée, ambrée et fauve...

                                         (Soir d'Orage)

 

...En l'escalier de l'âme, on ne parvient jamais

Au soi-même idéal, l'être que l'on rêvait,      

Espoir et désespoir, tout vient et recommence,  

On demeure un enfant. Naïf, inquiet, immense,

 

Et j'ai à vous conter que dès que joue Mozart...

                                             (Le Salon Rouge)

 

...On ne détruisit jamais autant les Mystères et les Merveilles qu'en ce vingtième siècle, celui où nous avons vécu. Jamais autant de piédestaux, de têtes auréolées, de merveilleuses légendes ne furent bafouées davantage, de cette façon soi-disant scientifique, que par notre modernisme, sous le prétexte méprisable qu'un peuple sans Dieux peut tout comprendre. Écoutez : témoin des mauvais temps, je suis venu juger un siècle où la grandeur se vend à vil prix....

                                             (Ce Siècle où nous avons vécu)

 

Enfant, Quel âge as-tu?
- J'ai l'âge du soleil quand il y a du soleil,
J'ai l'âge de la pluie quand elle vient parfois,
J'ai l'âge de la mer quand je cours me baigner,
J'avais l'âge de tes lèvres quand je t'ai embrassée.

(L'Age de la mer)

 

... Alors, tout soudain au dessus de mon front, au zénith surgissant du loin des Nébuleuses, du fond des Galactées, Il revient, enfin de lui me revoici hanté ...

(L'Ange de l'Art)

 

Je vais vendre aux enchères,
Au plus offrant,

Quatre vieilles affaires,
Je serai franc.

Je bazarde ma Muse,                           
Qui s'use,
Et mon génie,
A l'agonie ...

                                                            (Le Bazar de Génie)

 

...Mais l'eau tombant sur les grands marbres fascine, déversant un éclaboussant élixir de pureté, de beauté et du reste, venez les Océans, accourez Folles écumes, livides, Rageuses destinées : je vous attends, Éternités. Bien couvert de mon manteau d'harmonie, de mystères et de ravissement, souriant, je vous méprise, anathèmes célestes ! Mais quand, jamais, parviendrez-vous à éroder un seul coin dansant du grand reflet turquoise et turquoise de mon château sous la mer, ô Murs, remparts, Flèche d'orgueil, Refuge éblouissant, vertes Magies mes Voûtes d'émeraude, vous qui protégez sous vos tranquilles scintillements mon travail et mes enchantements d'une Féerie redoutable, vous m'accueillez enfin!

(Prévenance)

 

Le Jais, l'Onyx, l'Aigue-marine,
Le Lazuli,  le Jade Indou,
Le Corindon, l'Aventurine,
Les quartz rosés et le Porphyre,
Tout ce qu'on voit, ce qu'on admire,
Ne valent un Regard de Vous.

L'Ambre, le Musc, la Sensitive,
Le Seringa, le Jasmin fou,
La Fougère, la Menthe vive,
L'Oranger, le Santal, la myrrhe

Tout ce qu'on sent, ce qu'on respire,
Ne valent le Parfum de Vous.


Mozart, le cristal, la guitare,
La source et son chant le plus doux,
Un air célèbre à la cithare,
L'écho, l'oiseau, les vents, la lyre,
Tout ce qui bruit, qui nous inspire,
Ne valent un Je t'aime à Vous...

(La Sensitive)

 

...Imaginez qu'un poème soit un rangement de pierres précieuses l'une à l'autre inégales, serties dans le velours d'un coffret, pures dans leur nuit, et que ce coffret au dôme repoussé, dépasse aux trois quarts de terre, plus précisément du sable qui borde une très jolie Mer Méditerranée. Imaginez que la vague vienne battre inlassablement ce qu'un jour peut-être ancien elle apporta au rivage, et qu'en se retirant, onde écumante après écume, elle polisse les cailloux de lumière, les aligne avec plus de charme encore à chacune de ses visites, repart, revient, les quitte. Que le coffret émerge lentement de l'eau sablonneuse avec un art de plus en plus éblouissant et qu'enfin, après des mois, des années, cent siècles de son travail bruyant, la vague abandonne ainsi sous le soleil de la plage un merveilleux chef-d'œuvre d'une beauté et d'une consistance inaltérables. j'ai vu un soir comme cela l'œuvre d'art qu'est un poème. En regardant l'artiste, j'ai vu l'extraordinaire vague marine ...

(Le Coffret aux Diamants)

 

... Puis ce charme suraigu et rapide
Du corps qu'ont nos petits, émouvant et limpide,
Et, au dessus, pour moi, irremplaçables,                      

 Deux yeux algue-et-argent, ses yeux qui me regardent, Profonds, mystérieux, parfaits et implacables.
Elle avait dix-huit mois.
....                     

...Tandis que le matin va naître 
Et que l'aube déjà a rosi la fenêtre,                        Simplement elle songe, en renaissant pour toi:            

 "Enfance, ô mon enfance, où t'en es-tu allée
Et pourquoi, cette nuit, t'ai-je vue et rêvée..."

                                          (A Dix-huit mois)

 

...Il faut qu'avec des mots, j'élève de toute mon énergie solitaire un édifice nouveau, une sorte de cathédrale aux sculptures noires dans le ciel bleu, je parvienne à des phrases qui défieront le temps comme si j'avais des pierres. Il faut qu'avec des hardes salies, usées puis abandonnées, des milliers de petits sous qui courent toutes les mains, enfin de simples mots posés, trouvaille après trouvaille et l'un brodé dans son ravissement mélodique en contre-point d'or avec le suivant, sur Ce Papier qui me porte et m'attend, je lance soudain la Vie, par un pouvoir magique, à une Seconde Création, à des objets, à des êtres aussi solidement sur la terre que vous et moi, dans un univers où les gens et les choses, ces vivants, ces campagnes, tous ces espoirs, ces pierres, jouent des millions de rôles, où les jours là-bas sont comme les nôtres, lents à venir et vite écoulés... Alors, ayez conscience un peu, pour l'orgueil intense et bref que j'en récoltais, de ce qui fut mon Immense Difficulté.

(L'Amour des Cathédrales)

 

...N'aie pas peur de la mort, car mourir, c'est renaître,
C'est retrouver son ange, et Dieu qui l'inspira,
C'est revivre en légende et c'est, enfin, connaître
Dans le cœur des humains la place qu'on aura.

                                                (Le Retour Fabuleux)

 

... Enfin, voici un texte tout entier : 

La Neige est Bleue à Interlaken

Ô, Temps aux doigts de nacre, ô temps
Aux doigts de rose, frissonnant...
Un soir, les lacs étaient de
moire, 
la rue, argent, violine et noire,
J'ai dit, songeur, touchant ta main :
Il va neiger sur Interlaken.

Nous étions partis à Noël,
En traîneau bleu, vers l'irréel,
Et quand, là-bas, nous arrivâmes,
C'était pur, clair, comme nos âmes.
- Mais, disaient les gens, c'est certain,
Il va neiger sur Interlaken.

Nous étions fous et beaux d'amour,
Je n'ai pu oublier ce jour,
Ce jour de rire et ta jeunesse

Où, ton rire au passé me blesse,
 Tu m'as dit, si belle à la fin :
 - Il va neiger sur Interlaken.

 Ville si blanche, lacs si noirs,
J'ai paru, Magicien d'espoirs,
J'ai dit : - Devenez Sortilège !
Vous, mes saphirs dessous la neige!
Puis a bleui ce temps divin :
La neige est bleue à Interlaken.

 Il a neigé sur Interlaken
Nous sous le ciel ... Flocons sans fin,
Tournant, prismant, flous, soie, ou même
Blancs, bleus, par un temps rose extrême.
Quand - froid soudain sur cet Eden
Tout a cessé sur Interlaken.

Autre vie, autre âge, autre temps,
Autre charme, autre chance, autre instant,
Nous aurons, l'an prochain, vingt ans.
Tu diras : - Je me suis fait belle,
Toi, Fleur qu'on appelle Immortelle,
Partons, la rue est bleue ... Demain,
Il va neiger sur Interlaken.


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